PER dirigeant 2026 : déduction fiscale, sortie en capital et stratégie retraite — le guide complet

La pension moyenne d’un dirigeant TNS s’établit autour de 1 150 € bruts par mois — contre 2 500 à 3 000 € pour un cadre salarié. Le Plan d’Épargne Retraite est le principal levier pour combler cet écart : les versements sont déductibles du revenu imposable, dans la limite de 88 911 € par an pour un TNS en 2026. Voici les plafonds, la fiscalité à la sortie et les bons arbitrages selon votre statut.

Cet écart de pension n’a rien d’un accident. Il résulte mécaniquement de cotisations plus faibles pendant la vie active. Le PER individuel, créé par la loi PACTE de 2019, remplace l’ancien contrat Madelin avec un avantage majeur pour le dirigeant : la possibilité de sortir en capital à la retraite.

Pourquoi la retraite du dirigeant TNS est aussi faible

Le gérant majoritaire de SARL, le gérant d’EURL et l’entrepreneur individuel relèvent de la Sécurité sociale des indépendants (SSI). Leurs cotisations représentent environ 40 à 45 % de leur revenu net — contre 60 à 75 % pour un assimilé salarié lorsqu’on additionne les charges patronales et salariales. Cette différence de cotisations se retrouve mécaniquement dans les droits retraite acquis.

En 2026, pour valider 4 trimestres, un gérant TNS doit percevoir au minimum 7 212 € bruts annuels. Le plafond de la retraite de base SSI est limité au PASS (48 060 € en 2026), et la retraite complémentaire RCI fonctionne sur un système de points dont la valeur de service reste inférieure à celle de l’Agirc-Arrco.

Le président de SAS ou le gérant minoritaire de SARL, tous deux assimilés salariés, cotisent davantage et acquièrent des droits Agirc-Arrco plus élevés. Pour eux aussi, le PER reste pertinent — mais les plafonds de déduction et les stratégies optimales diffèrent.

Le fonctionnement du PER individuel pour un dirigeant

Le PER individuel permet de verser des sommes qui viennent en déduction du revenu imposable. L’économie d’impôt est immédiate : à TMI 41 %, chaque tranche de 10 000 € versée réduit l’impôt de 4 100 €. À TMI 45 %, l’économie atteint 4 500 €.

Les fonds sont bloqués jusqu’à la retraite, avec plusieurs cas de déblocage anticipé : acquisition de la résidence principale, décès du conjoint, invalidité, surendettement, fin de droits au chômage, cessation d’activité non salariée suite à liquidation judiciaire.

À la sortie, le dirigeant choisit entre capital, rente viagère ou une combinaison des deux. C’est l’avantage décisif du PER par rapport à l’ancien contrat Madelin, qui imposait une sortie en rente.

Les plafonds de déduction PER en 2026

La mécanique fiscale du PER repose sur trois articles du CGI qui s’articulent selon le statut du dirigeant et la nature du versement. Il faut les comprendre pour arbitrer.

Trois enveloppes, trois logiques :

EnveloppeArticle CGIBénéficiairesPlafond 2026
PER individuel — déduction du bénéfice professionnelArt. 154 bisTNS uniquement (gérant majoritaire SARL, EURL, EI)10 % du bénéfice imposable (max 8 PASS) + 15 % du bénéfice entre 1 et 8 PASS → jusqu’à 88 911 €
PER individuel — déduction du revenu global (versements volontaires)Art. 163 quaterviciesTous (TNS et assimilés salariés)10 % des revenus d’activité N-1, plafonné à 8 PASS N-1 → jusqu’à 37 680 €
PER obligatoire d’entreprise — cotisations obligatoiresArt. 83, 2°Salariés et assimilés salariés (SAS, gérant minoritaire)8 % de la rémunération brute, dans la limite de 8 PASS → jusqu’à 30 758 €

Un TNS peut utiliser deux enveloppes la même année

Le TNS a la possibilité de combiner deux déductions la même année sur des versements distincts : une déduction du bénéfice professionnel via l’article 154 bis, et une déduction du revenu global via l’article 163 quatervicies. Une même cotisation ne peut évidemment pas être déduite deux fois.

La première année de versement, un TNS peut même utiliser son plafond 163 quatervicies majoré des trois plafonds antérieurs non utilisés — ce qui ouvre une fenêtre d’optimisation significative, notamment pour un dirigeant qui n’a jamais cotisé à un produit retraite.

L’arbitrage entre les deux leviers dépend de la structure des revenus (bénéfice pro vs revenus d’autres catégories), de la TMI, et des revenus déjà soumis à charges sociales. Cet arbitrage se fait avec votre expert-comptable, en amont de la clôture.

Le président de SAS et la possibilité du PERO catégoriel

Le président de SAS, limité à 37 680 € via l’article 163 quatervicies, peut compléter au-delà via la mise en place d’un PER obligatoire catégoriel dans son entreprise — déduction supplémentaire via l’article 83, dans la limite de 8 % de sa rémunération brute. Cette solution suppose la formalisation d’un régime de retraite supplémentaire catégoriel, avec obligations associées (URSSAF, DSN, règlement du régime).

Articulation des enveloppes : un point de vigilance

Les cotisations obligatoires versées sur un PEROB (article 83) et les abondements PEE/PERCOL viennent en déduction du plafond 163 quatervicies disponible pour les versements volontaires. Les enveloppes communiquent : plus le dirigeant capitalise en obligatoire, moins il conserve d’espace pour le volontaire sur le même exercice. L’approche globale s’impose.

Le report des plafonds : 3 ans, pas 5

Les plafonds non utilisés sont reportables sur les 3 années suivantes (N-3, N-2 et N-1 utilisables en N). L’extension à 5 ans envisagée lors du PLF 2026 n’a pas été adoptée : la règle reste celle de l’article 163 quatervicies I-2° al. 2 du CGI, confirmée par le BOFiP (BOI-IR-BASE-20-50-30).

Les couples mariés ou pacsés déclarant ensemble peuvent mutualiser leurs plafonds respectifs.

Nouveauté LF 2026 : les versements effectués après le 70ᵉ anniversaire du titulaire ne sont plus déductibles du revenu imposable (article 163 quinvicies CGI).

La fiscalité à la sortie du PER

La fiscalité dépend du mode de sortie choisi et du traitement fiscal appliqué à l’entrée.

Sortie en capital (versements déduits à l’entrée) :

ComposanteFiscalité
Capital correspondant aux versementsBarème progressif de l’IR (pas de PFU, pas d’abattement de 10 %)
Plus-values généréesPFU 30 % (12,8 % IR + 17,2 % PS) ou option barème

Sortie en rente viagère :

ComposanteFiscalité
Rente issue de versements déduitsBarème IR après abattement de 10 % (régime des pensions)
Rente issue de versements non déduitsBarème IR sur la fraction imposable selon l’âge de liquidation (RVTO)

La sortie en capital est souvent préférable pour les dirigeants qui anticipent une baisse de TMI à la retraite. En revanche, si la TMI reste élevée en raison d’un patrimoine immobilier ou de revenus fonciers significatifs, la rente peut limiter l’impact fiscal en lissant l’imposition sur plusieurs années.

L’arbitrage capital-rente se prépare 5 à 10 ans avant le départ, pas au moment de la liquidation.

PER ou assurance-vie : pas une concurrence, une complémentarité

Le PER et l’assurance-vie ne sont pas des concurrents. Ce sont des outils complémentaires avec des logiques différentes.

CritèrePER individuelAssurance-vie
Déduction à l’entréeOui (plafonds ci-dessus)Non
Fiscalité à la sortieBarème IR (capital) ou pensions (rente)PFU 30 % ou 7,5 % après 8 ans avec abattement
DisponibilitéBloqué jusqu’à la retraite (sauf cas)Libre à tout moment
Transmission (décès)Art. 990 I avant 70 ans / art. 757 B après 70 ans pour les PER assuranceArt. 990 I avant 70 ans / art. 757 B après 70 ans
IFIHors assiette (sauf immobilier en UC)Hors assiette (sauf immobilier en UC)

La stratégie optimale combine les deux : le PER pour la déduction fiscale pendant les années de forte TMI, l’assurance-vie pour la liquidité et la transmission. Pour les dirigeants en phase de cession, l’assurance-vie luxembourgeoise offre des avantages supplémentaires de protection (triangle de sécurité, super-privilège) et de diversification (fonds dédiés).

Cumul emploi-retraite : de nouveaux droits depuis 2023

Depuis la réforme des retraites de 2023, le cumul emploi-retraite intégral génère de nouveaux droits à la retraite — une seconde pension, liquidable à la cessation de l’activité cumulée. Cette disposition intéresse directement les dirigeants qui cèdent leur entreprise mais conservent un mandat dans une autre structure, ou qui créent une nouvelle activité après la cession.

Les conditions du cumul intégral : avoir liquidé toutes les retraites obligatoires et remplir les conditions d’âge et de durée pour le taux plein. La LFSS 2026 prévoit toutefois un écrêtement de la pension en cas de cumul avant 67 ans, applicable à compter du 1ᵉʳ janvier 2027.

La stratégie retraite du dirigeant ne se résume pas au PER

La préparation retraite s’inscrit dans un arbitrage global qui dépasse largement le PER. Les leviers complémentaires :

  • Arbitrage rémunération : salaire vs dividendes, seuil des 10 % du capital pour le gérant majoritaire, optimisation des trimestres validés
  • Épargne salariale : PEE, PERCOL, abondement employeur — cumulable avec le PER individuel
  • Protection du conjoint : régime matrimonial, clause bénéficiaire, préparation successorale
  • Préparation de la cession : apport-cession 150-0 B ter, pacte Dutreil, structuration de holding
  • Rachats de trimestres : pour les années incomplètes, si le point mort est inférieur à 10 ans (article L. 351-14-1 CSS)

La retraite se prépare 10 ans avant le départ, pas 10 mois.

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Questions fréquentes sur le PER du dirigeant

Le président de SAS peut-il ouvrir un PER individuel ?

Oui. Le PER individuel est ouvert à tous, sans condition de statut. Le président de SAS, assimilé salarié, bénéficie du plafond de l’article 163 quatervicies (10 % des revenus N-1, max 37 680 € en 2026). Ce plafond est inférieur à celui du TNS, mais le PER reste pertinent pour réduire l’IR pendant les années de forte rémunération. Le président de SAS peut également compléter via un PER obligatoire catégoriel mis en place dans son entreprise.

Peut-on sortir du PER en capital pour acheter sa résidence principale ?

Oui. L’acquisition de la résidence principale est un cas de déblocage anticipé du PER, y compris avant la retraite. Le capital retiré est imposé au barème IR (pas de PFU), et les plus-values sont soumises au PFU de 30 %. Ce déblocage ne concerne que les versements volontaires et l’épargne salariale — pas les versements obligatoires qui restent bloqués jusqu’à la retraite.

Peut-on cumuler PER individuel et épargne salariale ?

Oui. Le PER individuel (déduction du revenu imposable via l’article 163 quatervicies) et l’épargne salariale (exonération d’IR si placement sur PEE ou PERCOL) se cumulent. Un dirigeant de PME peut ainsi déduire jusqu’à 88 911 € via le PER TNS et recevoir 11 535 € d’abondement exonéré via PEE + PERCOL, sur une même année. L’articulation des deux enveloppes dépend de la TMI, de l’horizon de placement et des objectifs de liquidité. Attention : les abondements viennent en déduction du plafond 163 quatervicies disponible.

Que se passe-t-il en cas de décès avant la retraite ?

Pour un PER assurance (la majorité des contrats du marché), les capitaux sont transmis aux bénéficiaires désignés avec la fiscalité de l’assurance-vie : article 990 I si décès avant 70 ans (abattement de 152 500 € par bénéficiaire puis prélèvement de 20 % jusqu’à 700 000 €, 31,25 % au-delà), article 757 B si décès après 70 ans (abattement global de 30 500 € puis droits de succession). Le PER compte-titres suit en revanche les règles du droit commun des successions.

Le PER est-il adapté en fin de carrière ?

Oui, même à 55-60 ans, le PER conserve un intérêt pour plusieurs raisons : économie d’impôt immédiate à TMI élevée, horizon de blocage court (3 à 7 ans), possibilité de sortie en capital fractionnée pour écraser la TMI à la retraite. Il faut toutefois tenir compte de la nouveauté LF 2026 : les versements après 70 ans ne sont plus déductibles.